La donation entre époux : protéger votre conjoint et votre patrimoine
La donation entre époux sécurise la succession du conjoint survivant. Découvrez comment cet outil protège votre héritage familial et évite les conflits successoraux. Consultez un avocat.

La donation entre époux (aussi appelée donation au dernier vivant) est l’un des outils juridiques les plus puissants pour protéger votre conjoint en cas de décès. Sans elle, votre conjoint survivant pourrait se retrouver en concurrence avec vos enfants, vos parents ou d’autres héritiers, et ne bénéficier que d’une part limitée de votre patrimoine. Avec une donation entre époux, vous pouvez lui attribuer jusqu’à la totalité de vos biens en usufruit, en pleine propriété, ou un savant équilibre entre les deux.
Chaque année, des milliers de conjoints survivants découvrent avec stupeur qu’ils doivent partager la maison familiale avec les enfants d’un premier lit, ou que les droits de succession grèvent lourdement leur héritage. Anticiper par une donation entre époux permet d’éviter ces situations douloureuses. Cet article vous explique tout ce qu’il faut savoir : les textes de loi, les droits des héritiers, la fiscalité applicable, et comment un avocat spécialisé en successions peut sécuriser votre démarche.
Points clés à retenir sur la donation entre époux
- 🔑 La donation entre époux permet d’aménager la succession au profit du conjoint survivant, au-delà de ses droits légaux prévus à l’article 757 du Code civil.
- 🔑 Elle peut porter sur la quotité disponible (article 913 du Code civil) et permet d’attribuer au conjoint l’usufruit, la nue-propriété ou la pleine propriété des biens.
- 🔑 Fiscalement, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession (article 796-0 bis du CGI), mais la donation entre époux impacte les droits des autres héritiers.
- 🔑 Elle peut être révoquée unilatéralement par le donateur tant qu’elle n’a pas été acceptée par le conjoint (article 1096 du Code civil).
- 🔑 1 succession sur 3 est source de conflit familial : la donation entre époux, bien rédigée, réduit considérablement les risques de contentieux.
1. Définition et cadre légal de la donation entre époux
La donation entre époux, également dénommée donation au dernier vivant, est un acte juridique par lequel un époux (le donateur) consent à son conjoint (le donataire) des droits sur sa succession future. Contrairement à une donation classique qui transfère immédiatement la propriété, la donation entre époux ne prend effet qu’au décès du donateur. Elle permet de déroger aux règles légales de dévolution successorale pour offrir au conjoint survivant une protection renforcée.
« La donation entre époux est l’instrument le plus efficace pour garantir au conjoint survivant un niveau de vie décent après le décès. Sans elle, les droits légaux du conjoint sont souvent insuffisants, surtout en présence d’enfants non communs. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
Textes légaux applicables
La donation entre époux est encadrée par plusieurs articles du Code civil et du Code général des impôts :
- Article 720 du Code civil : définit l’ouverture de la succession au moment du décès.
- Article 757 du Code civil : fixe les droits légaux du conjoint survivant (usufruit sur la totalité des biens ou 1/4 en pleine propriété selon l’option).
- Article 913 du Code civil : détermine la quotité disponible, c’est-à-dire la part des biens que le défunt peut librement attribuer par donation ou testament, en fonction du nombre d’enfants.
- Article 1094 du Code civil : autorise les époux à se consentir une donation entre époux, dans la limite de la quotité disponible.
- Article 1096 du Code civil : précise que la donation entre époux est révocable tant qu’elle n’a pas été acceptée par le conjoint.
- Article 777 du CGI : fixe le barème des droits de succession.
- Article 796-0 bis du CGI : exonère totalement le conjoint survivant de droits de succession.
2. Droits et obligations des parties concernées
Les droits du conjoint survivant
Sans donation entre époux, le conjoint survivant bénéficie des droits légaux prévus à l’article 757 du Code civil : il peut choisir entre l’usufruit de la totalité des biens existants ou le 1/4 en pleine propriété. Avec une donation entre époux, ces droits peuvent être considérablement étendus. Le conjoint peut recevoir :
- La quotité disponible en pleine propriété (part variable selon le nombre d’enfants) ;
- L’usufruit de la totalité des biens ;
- La nue-propriété de la quotité disponible ;
- Ou une combinaison de ces options.
« Dans une succession avec enfants non communs, la donation entre époux permet d’éviter que le conjoint survivant ne perde l’usage du logement familial. Sans elle, les enfants du défunt peuvent exiger le partage immédiat des biens. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
Les droits des héritiers réservataires
Les enfants (ou descendants) sont des héritiers réservataires : ils ont droit à une part minimale de la succession, appelée réserve héréditaire (article 912 du Code civil). La donation entre époux ne peut pas porter atteinte à cette réserve. La quotité disponible varie ainsi :
- 1 enfant : réserve de 1/2, quotité disponible de 1/2 ;
- 2 enfants : réserve de 2/3, quotité disponible de 1/3 ;
- 3 enfants ou plus : réserve de 3/4, quotité disponible de 1/4.
Obligations du conjoint survivant
Le conjoint survivant doit :
- Déclarer la succession dans les 6 mois suivant le décès (article 641 du CGI) ;
- Accepter ou refuser la donation entre époux dans les 4 mois suivant le décès (2 mois supplémentaires si mis en demeure) ;
- Respecter les droits des héritiers réservataires.
3. Procédure étape par étape : du décès au partage
Étape 1 : Le décès et l’ouverture de la succession
Le décès du donateur ouvre la succession (article 720 du Code civil). Le conjoint survivant doit recueillir tous les documents nécessaires : acte de décès, contrat de mariage, donation entre époux, testaments éventuels, inventaire des biens.
Étape 2 : L’inventaire et l’évaluation du patrimoine
Un inventaire précis des biens (immobiliers, mobiliers, comptes bancaires, valeurs mobilières) doit être réalisé. Cette étape est cruciale pour déterminer la masse successorale et calculer la quotité disponible. L’avocat spécialisé peut vous assister pour évaluer correctement les biens et éviter les omissions.
« L’inventaire est souvent sous-estimé par les héritiers. Une erreur d’évaluation peut entraîner un redressement fiscal ou un conflit familial. Faites appel à un professionnel pour cette étape clé. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
Étape 3 : L’option successorale du conjoint survivant
Le conjoint survivant dispose de 4 mois à compter du décès pour exercer son option successorale (accepter purement et simplement, accepter à concurrence de l’actif net, ou renoncer). En cas de donation entre époux, il doit également décider d’accepter ou non la donation. Ce délai est réduit à 2 mois si un héritier le met en demeure de se prononcer (article 771 du Code civil).
Étape 4 : La déclaration de succession
La déclaration de succession doit être déposée auprès du service des impôts dans les 6 mois suivant le décès (article 641 du CGI). Elle doit mentionner l’intégralité des biens, les dettes, les donations antérieures, et la donation entre époux. Les pénalités pour retard sont sévères : 10 % d’intérêts de retard, majoration de 40 % en cas de manquement délibéré.
Étape 5 : Le partage des biens
Une fois la déclaration acceptée par l’administration fiscale, le partage peut avoir lieu. Si la donation entre époux attribue l’usufruit au conjoint, les enfants deviennent nus-propriétaires. Le partage peut être amiable ou judiciaire en cas de désaccord.
4. Fiscalité applicable : abattements, taux et exonérations
La fiscalité de la donation entre époux est particulièrement avantageuse pour le conjoint survivant. Voici les principes essentiels :
- Exonération totale pour le conjoint survivant : en vertu de l’article 796-0 bis du CGI, le conjoint survivant est exonéré de droits de succession sur tous les biens qu’il reçoit, qu’il s’agisse de ses droits légaux ou de ceux issus de la donation entre époux.
- Fiscalité pour les autres héritiers : les enfants, parents ou autres héritiers paient des droits de succession sur leur part, après application des abattements.
- Abattements en ligne directe : les enfants bénéficient d’un abattement de 100 000 € par parent (article 779 du CGI).
- Délai de paiement : les droits de succession doivent être payés au moment du dépôt de la déclaration, sauf demande de paiement fractionné ou différé.
Tableau des abattements et taux selon le lien de parenté (2026)
| Lien de parenté avec le défunt | Abattement | Taux d’imposition (tranches) | Exonération spécifique |
|---|---|---|---|
| Conjoint survivant | 100 % (exonération totale) | 0 % | Article 796-0 bis CGI |
| Enfants (ascendants) | 100 000 € par parent | 5 % à 45 % selon tranche | Article 779 CGI |
| Frères et sœurs | 15 932 € | 35 % à 45 % | Article 788 CGI |
| Neveux/nièces | 7 967 € | 55 % | Article 789 CGI |
| Autres héritiers (non-parents) | 1 594 € | 60 % | Article 790 CGI |
| Personne handicapée (quel que soit le lien) | 159 325 € | Barème progressif | Article 779 CGI |
« La donation entre époux permet au conjoint survivant de recevoir des biens sans payer un centime de droits de succession. C’est un levier fiscal exceptionnel, mais qui nécessite une stratégie globale pour ne pas pénaliser les enfants. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
5. Rôle et valeur ajoutée de l’avocat spécialisé en successions
La donation entre époux est un acte juridique complexe qui engage l’avenir de votre conjoint et de vos héritiers. Un avocat spécialisé en successions apporte une valeur ajoutée irremplaçable :
- Analyse personnalisée : il étudie votre situation familiale (enfants communs ou non, présence d’un enfant handicapé, etc.), patrimoniale et fiscale pour rédiger la donation la plus adaptée.
- Sécurisation juridique : il vérifie que la donation respecte les règles de la réserve héréditaire (article 912 du Code civil) et évite les nullités.
- Optimisation fiscale : il simule l’impact des droits de succession pour les héritiers et propose des solutions (démembrement, assurance-vie, etc.).
- Gestion des conflits : en cas de succession conflictuelle, il représente vos intérêts et négocie avec les autres héritiers pour éviter un procès.
- Suivi des délais : il vous rappelle les échéances clés (4 mois pour l’option, 6 mois pour la déclaration) et prépare les actes nécessaires.
« J’ai vu des conjoints survivants perdre leur logement faute d’avoir anticipé. Un avocat spécialisé ne se contente pas de rédiger un acte : il construit une stratégie patrimoniale sur mesure. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
6. Erreurs et pièges fréquents à éviter
Erreur n°1 : Ne pas rédiger la donation entre époux
Beaucoup de couples pensent que le mariage suffit à protéger le conjoint. En réalité, sans donation entre époux, le conjoint survivant ne bénéficie que de droits limités (article 757 du Code civil). En présence d’enfants non communs, il peut être contraint de partager le logement.
Erreur n°2 : Oublier la révocabilité
La donation entre époux est révocable unilatéralement (article 1096 du Code civil). Si le conjoint donateur change d’avis, il peut la révoquer sans justification. Cela peut créer une insécurité pour le conjoint survivant, surtout en cas de séparation ou de conflit.
Erreur n°3 : Mal choisir entre usufruit et pleine propriété
L’option entre usufruit et pleine propriété a des conséquences majeures. L’usufruit permet au conjoint de conserver l’usage des biens (logement, revenus) mais les enfants deviennent nus-propriétaires. En pleine propriété, le conjoint devient propriétaire mais les droits de succession futurs peuvent être plus lourds pour les enfants.
Erreur n°4 : Ignorer les droits des héritiers réservataires
Certains testateurs tentent d’attribuer la totalité de leurs biens à leur conjoint, au détriment des enfants. La réserve héréditaire (article 912 du Code civil) interdit cette pratique. Une donation entre époux qui porterait atteinte à la réserve serait annulée.
Erreur n°5 : Négliger la fiscalité internationale
Si le défunt ou le conjoint est expatrié, la succession peut être soumise à plusieurs législations. La donation entre époux doit être adaptée au droit applicable (règlement européen n°650/2012, conventions fiscales internationales).
« L’erreur la plus fréquente est de croire que la donation entre époux est une solution universelle. Elle doit être adaptée à chaque situation : famille recomposée, patrimoine immobilier important, entreprise familiale. Sans conseil avisé, les conséquences peuvent être désastreuses. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
7. Questions fréquentes des héritiers
FAQ : Donation entre époux
1. Quelle est la différence entre une donation entre époux et un testament ?
La donation entre époux est un acte notarié qui prend effet au décès et peut attribuer au conjoint la quotité disponible ou l’usufruit. Un testament est un acte unilatéral qui peut être rédigé seul (olographe) ou par acte notarié. La donation entre époux offre plus de sécurité juridique et des options plus larges que le testament simple.
2. Puis-je révoquer une donation entre époux ?
Oui, tant qu’elle n’a pas été acceptée par le conjoint (article 1096 du Code civil). La révocation peut être faite par acte notarié ou par un testament postérieur. Une fois acceptée (après le décès), elle devient irrévocable.
3. La donation entre époux est-elle soumise à des droits de donation ?
Non, la donation entre époux est un acte à cause de mort (elle prend effet au décès). Elle n’est donc pas soumise aux droits de donation. Seuls les droits de succession s’appliquent au moment du décès, mais le conjoint survivant en est exonéré (article 796-0 bis du CGI).
4. Que se passe-t-il si le conjoint survivant se remarie ?
Le remariage n’affecte pas les droits acquis par la donation entre époux. Le conjoint survivant conserve l’usufruit ou la pleine propriété des biens reçus. En revanche, il perd ses droits successoraux sur la succession de son nouveau conjoint, sauf nouvelle donation.
5. La donation entre époux protège-t-elle le logement familial ?
Oui, c’est l’un de ses principaux avantages. Si la donation attribue l’usufruit au conjoint, il peut continuer à habiter le logement familial sans que les enfants (nus-propriétaires) puissent l’en expulser. Cela évite les conflits fréquents dans les familles recomposées.
6. Quels sont les délais à respecter après le décès ?
Le conjoint survivant a 4 mois pour exercer son option successorale (accepter ou refuser la donation), et 6 mois pour déposer la déclaration de succession. En cas de non-respect, des pénalités fiscales s’appliquent (10 % d’intérêts de retard, majoration jusqu’à 40 %).
7. Puis-je combiner donation entre époux et assurance-vie ?
Oui, c’est une stratégie courante. L’assurance-vie permet de transmettre des capitaux au conjoint sans droits de succession (dans la limite des primes versées). Combinée à la donation entre époux, elle optimise la protection du conjoint et la transmission aux enfants.
8. La donation entre époux est-elle valable en cas de divorce ?
Non, le divorce annule automatiquement la donation entre époux (article 1096 du Code civil). En cas de séparation de corps, elle est également révoquée. Si vous êtes en instance de divorce, consultez un avocat pour réorganiser votre succession.
8. Ce que vous devez faire maintenant
Ce que vous devez faire maintenant
- Évaluez votre situation : Si vous êtes marié et souhaitez protéger votre conjoint, demandez un audit successoral à un avocat spécialisé. Il analysera votre patrimoine, votre situation familiale et vos objectifs.
- Rédigez ou révisez votre donation entre époux : Si vous avez déjà une donation entre époux, vérifiez qu’elle est toujours adaptée (naissance d’un enfant, divorce, acquisition immobilière). Si vous n’en avez pas, faites-la rédiger sans attendre.
- Anticipez les délais : En cas de décès, contactez un avocat sous 48h pour préparer la déclaration de succession et l’option successorale. Ne laissez pas les 6 mois s’écouler sans agir.
Glossaire du droit successoral
- Quotité disponible
- Part des biens du défunt qu’il peut librement attribuer par donation ou testament, sans porter atteinte à la réserve héréditaire des héritiers réservataires (article 913 du Code civil).
- Réserve héréditaire
- Part minimale de la succession réservée par la loi aux descendants (enfants) et, dans certains cas, au conjoint survivant (article 912 du Code civil). Elle ne peut être supprimée par donation ou testament.
- Usufruit
- Droit de jouir d’un bien (l’habiter, en percevoir les revenus) sans en être propriétaire. Le nu-propriétaire détient la propriété mais ne peut utiliser le bien tant que l’usufruit dure (article 578 du Code civil).
- Legs
- Disposition testamentaire par laquelle le testateur lègue un ou plusieurs biens à une personne (légataire). Le legs peut être universel, à titre universel ou particulier.
- Dévolution successorale
- Règles légales qui déterminent l’ordre dans lequel les héritiers sont appelés à recueillir la succession (article 720 et suivants du Code civil).
- Saisine
- Droit pour l’héritier d’entrer en possession des biens de la succession dès le décès, sans formalité préalable (article 724 du Code civil). Le conjoint survivant n’a pas la saisine automatique.


