Donation entre époux et comptes bancaires : protégez votre héritage
La donation entre époux et comptes bancaires est cruciale pour protéger le conjoint survivant. Découvrez comment sécuriser votre patrimoine et éviter un contentieux successoral.

La donation entre époux, aussi appelée donation au dernier vivant, est l'un des outils les plus puissants du droit successoral français. Pourtant, son articulation avec les comptes bancaires reste mal comprise par de nombreux couples. Savez-vous que sans cette protection, votre conjoint survivant pourrait se retrouver démuni face à des comptes bloqués et à des droits de succession imprévus ?
En 2025, près d'un héritier sur trois ignore que les comptes bancaires joints ou indivis font l'objet d'une déclaration spécifique. La donation entre époux permet d'optimiser la transmission des liquidités, d'éviter les conflits familiaux et de réduire la facture fiscale. Mais encore faut-il connaître les règles précises du Code civil et du Code général des impôts.
Cet article vous guide pas à pas pour comprendre comment protéger votre conjoint et vos comptes bancaires grâce à une donation entre époux bien rédigée. Vous y trouverez les textes légaux, la fiscalité applicable, les pièges à éviter et l'accompagnement indispensable d'un avocat spécialisé en successions.
Points clés à retenir
- La donation entre époux permet au conjoint survivant de choisir entre usufruit, pleine propriété ou quotité disponible selon ses besoins.
- Les comptes bancaires joints sont présumés indivis à parts égales, sauf preuve contraire (Art. 754-1 C.civ.).
- Sans donation entre époux, le conjoint survivant n'hérite que de l'usufruit de la succession (Art. 757 C.civ.), ce qui peut bloquer l'accès aux liquidités.
- L'abattement fiscal entre époux est de 100% (Art. 790 CGI) : aucun droit de succession n'est dû pour les biens transmis au conjoint survivant.
- La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès, avec un inventaire précis des comptes bancaires.
1. Donation entre époux : définition et cadre légal
La donation entre époux (ou donation au dernier vivant) est un acte juridique par lequel un époux consent à son conjoint, pour le jour de son décès, des droits sur sa succession. Contrairement à une donation classique, elle est révocable unilatéralement à tout moment et ne produit ses effets qu'au décès du donateur.
Les textes légaux applicables
L'article 1094 du Code civil dispose que les époux peuvent se faire, par contrat de mariage ou pendant le mariage, toutes les donations que la loi autorise. La donation entre époux est régie par les articles 1091 à 1100 du Code civil. Elle permet d'aménager la dévolution successorale au-delà des droits légaux prévus à l'article 757 du Code civil.
« La donation entre époux est le seul moyen de garantir à votre conjoint un accès immédiat et sécurisé aux comptes bancaires après votre décès. Sans elle, il devra composer avec les héritiers réservataires et les formalités administratives. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
Les options offertes au conjoint survivant
Le conjoint survivant peut opter pour l'une des trois options suivantes :
- Usufruit de la totalité des biens : il conserve l'usage et les revenus des biens, y compris les comptes bancaires, mais ne peut en disposer librement.
- Pleine propriété de la quotité disponible : il reçoit en pleine propriété la part de la succession que le défunt pouvait librement transmettre (article 913 C.civ.).
- Usufruit viager et nue-propriété d'un quart : combinaison prévue par l'article 1094-1 du Code civil.
2. Les droits du conjoint survivant sur les comptes bancaires
Les comptes bancaires sont des biens meubles incorporels qui entrent dans la masse successorale. Leur traitement dépend de leur nature juridique : compte joint, compte indivis, compte personnel ou compte commun.
Comptes joints et présomption d'indivision
L'article 754-1 du Code civil prévoit que les comptes joints sont présumés appartenir pour moitié à chaque époux, sauf preuve contraire. Cette présomption peut être renversée si l'un des époux démontre qu'il a seul alimenté le compte. En pratique, le notaire ou l'avocat spécialisé doit reconstituer l'origine des fonds pour déterminer la part revenant à la succession.
« La présomption d'indivision des comptes joints est souvent source de conflits entre le conjoint survivant et les enfants du défunt. L'avocat spécialisé joue un rôle clé pour établir la preuve de l'origine des fonds et protéger les droits de chacun. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
Les droits du conjoint survivant avec et sans donation entre époux
Sans donation entre époux, le conjoint survivant bénéficie des droits suivants (article 757 C.civ.) :
- En présence d'enfants communs : usufruit de la totalité des biens successoraux.
- En présence d'enfants non communs : un quart en pleine propriété.
- En l'absence d'enfants : pleine propriété de la moitié de la succession.
Avec une donation entre époux, le conjoint peut obtenir davantage, notamment la pleine propriété de la quotité disponible (un tiers avec deux enfants, un quart avec trois enfants, etc.).
3. Procédure étape par étape : du décès au partage des comptes
Étape 1 : Le décès et l'option successorale
Dès le décès, le conjoint survivant dispose de 4 mois pour exercer l'option successorale (accepter purement et simplement, accepter à concurrence de l'actif net, ou renoncer). Ce délai est porté à 2 mois supplémentaires en cas de mise en demeure par un créancier (article 771 C.civ.).
Étape 2 : L'inventaire des comptes bancaires
Le notaire ou l'avocat spécialisé doit dresser un inventaire complet des comptes bancaires du défunt : comptes personnels, joints, indivis, livrets d'épargne, PEL, PEA, assurance-vie, etc. Chaque compte doit être identifié avec son numéro, sa banque et son solde au jour du décès.
Étape 3 : La déclaration de succession
La déclaration de succession (formulaire n°2705-SD) doit être déposée auprès de l'administration fiscale dans les 6 mois suivant le décès. Elle doit mentionner la valeur des comptes bancaires au jour du décès, déduction faite des dettes éventuelles. Les pénalités pour retard sont sévères : intérêt de retard de 0,20% par mois et majoration de 10% à 40% selon le délai.
« La déclaration de succession est un acte technique qui ne supporte pas l'improvisation. Une erreur sur la valorisation des comptes bancaires ou sur l'application des abattements peut coûter des milliers d'euros. Faites-vous accompagner par un avocat spécialisé. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
Étape 4 : Le partage des comptes
Après la déclaration, le notaire procède au partage. Si une donation entre époux a été consentie, le conjoint survivant peut prélever sa part avant les autres héritiers. Les comptes bancaires sont alors répartis selon les droits de chacun : usufruit pour le conjoint, nue-propriété pour les enfants, ou pleine propriété pour tous selon l'option choisie.
4. Fiscalité de la donation entre époux et des comptes bancaires
Abattement et exonération entre époux
L'article 790 du Code général des impôts (CGI) prévoit un abattement de 100% sur les droits de succession entre époux. Cela signifie que le conjoint survivant ne paie aucun droit de succession sur les biens qu'il reçoit, qu'il s'agisse de comptes bancaires, d'immobilier ou de valeurs mobilières.
Les autres abattements applicables
Pour les autres héritiers, les abattements sont les suivants (article 779 CGI) :
- Enfants : 100 000 € par enfant (abattement renouvelé tous les 15 ans pour les donations).
- Petits-enfants : 31 865 €.
- Frères et sœurs : 15 932 €.
- Neveux et nièces : 7 967 €.
- Conjoints de fait ou pacsés : 1 594 €.
Taux d'imposition des successions
Après abattement, les droits de succession sont calculés selon un barème progressif (article 777 CGI) :
- Jusqu'à 8 072 € : 5%
- De 8 073 € à 12 109 € : 10%
- De 12 110 € à 15 932 € : 15%
- De 15 933 € à 552 324 € : 20%
- De 552 325 € à 902 838 € : 30%
- De 902 839 € à 1 805 677 € : 40%
- Au-delà de 1 805 677 € : 45%
« La fiscalité successorale est l'un des domaines les plus complexes du droit patrimonial. L'abattement de 100% entre époux est un avantage considérable, mais il ne dispense pas de déclarer les comptes bancaires. Un avocat spécialisé optimisera la déclaration pour éviter tout redressement. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
5. Le rôle de l'avocat spécialisé en successions
La gestion d'une succession implique des enjeux juridiques, fiscaux et familiaux considérables. L'avocat spécialisé en successions apporte une expertise indispensable pour sécuriser les droits du conjoint survivant et éviter les conflits.
Valeur ajoutée de l'avocat
- Conseil en amont : Rédaction de la donation entre époux, choix de l'option la plus protectrice, optimisation fiscale.
- Accompagnement au décès : Aide à l'option successorale, inventaire des comptes bancaires, déclaration de succession.
- Gestion des conflits : Médiation entre héritiers, défense des droits du conjoint survivant, contentieux éventuel.
- Succession internationale : Application du règlement européen (UE) n°650/2012, coordination avec les notaires étrangers.
« Un avocat spécialisé ne se contente pas d'appliquer la loi. Il anticipe les conflits, optimise la fiscalité et protège l'équilibre familial. Dans une succession sur trois, sa présence évite le contentieux. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
6. Erreurs et pièges fréquents à éviter
Erreur n°1 : Croire que la donation entre époux est automatique
De nombreux couples pensent que le mariage suffit à protéger le conjoint survivant. C'est faux. Sans donation entre époux, le conjoint n'a que l'usufruit de la succession en présence d'enfants communs. Les comptes bancaires peuvent être bloqués ou partagés immédiatement.
Erreur n°2 : Négliger la preuve de l'origine des fonds sur les comptes joints
La présomption d'indivision des comptes joints peut être contestée. Si le conjoint survivant ne peut pas prouver que les fonds proviennent de son activité personnelle, il risque de devoir partager la moitié du compte avec les autres héritiers.
Erreur n°3 : Oublier de déclarer les comptes bancaires à l'étranger
Les comptes bancaires détenus à l'étranger doivent être déclarés dans la succession française. L'omission volontaire ou involontaire expose à des pénalités de 1 500 € par compte non déclaré (article 1736 CGI).
Erreur n°4 : Sous-estimer les délais de déclaration
Le délai de 6 mois pour déposer la déclaration de succession est impératif. Tout retard entraîne des pénalités. En cas de succession complexe, il est possible de demander un délai supplémentaire à l'administration fiscale, mais cette demande doit être motivée.
« L'erreur la plus fréquente que je constate est l'absence d'anticipation. Les couples attendent le décès pour agir, alors que la donation entre époux peut être rédigée en quelques jours. Un simple rendez-vous chez l'avocat peut éviter des années de contentieux. » — Maître X, avocat spécialisé en successions
7. Tableau des abattements et taux selon le lien de parenté
| Lien de parenté | Abattement (Art. 779 CGI) | Taux d'imposition (Art. 777 CGI) | Exonération possible |
|---|---|---|---|
| Conjoint survivant (marié) | 100% (Art. 790 CGI) | 0% | Oui, totale |
| Enfants (vivants ou représentés) | 100 000 € par enfant | 5% à 45% | Non |
| Petits-enfants | 31 865 € | 5% à 45% | Non |
| Frères et sœurs | 15 932 € | 35% ou 45% | Non |
| Neveux et nièces | 7 967 € | 55% | Non |
| Autres parents (oncles, tantes, cousins) | 1 594 € | 55% | Non |
| Personnes non parentes | 1 594 € | 60% | Non |
* Les abattements sont renouvelés tous les 15 ans pour les donations. Pour les successions, ils s'appliquent une seule fois par héritier.
8. Questions fréquentes des héritiers
La donation entre époux est-elle irrévocable ?
Non, elle est révocable unilatéralement à tout moment par le donateur, sans justification. Cette révocabilité est un avantage majeur : elle permet de modifier la donation en fonction de l'évolution de la situation familiale ou patrimoniale. La révocation doit être faite par acte notarié.
Les comptes bancaires joints sont-ils automatiquement transmis au conjoint survivant ?
Non. Les comptes joints sont présumés appartenir pour moitié à chaque époux. La moitié du solde entre dans la succession et doit être partagée selon les droits successoraux. Sans donation entre époux, le conjoint survivant n'a que l'usufruit de cette moitié.
Quels sont les frais de notaire pour une donation entre époux ?
Les frais de notaire pour une donation entre époux sont variables selon la complexité de l'acte. En moyenne, comptez entre 500 € et 1 500 € pour une donation simple. L'avocat spécialisé peut vous conseiller sur le choix du notaire et négocier les honoraires.
Puis-je faire une donation entre époux après 70 ans ?
Oui, il n'y a pas de limite d'âge pour consentir une donation entre époux. Cependant, à partir de 70 ans, l'abattement fiscal pour les donations en pleine propriété aux enfants est réduit. L'avocat spécialisé peut vous conseiller sur les options les plus avantageuses.
Que se passe-t-il si mon conjoint décède sans donation entre époux ?
En l'absence de donation entre époux, le conjoint survivant bénéficie des droits légaux prévus à l'article 757 C.civ. (usufruit ou quart en pleine propriété selon la présence d'enfants communs ou non). Il est alors soumis aux règles de l'indivision, ce qui peut bloquer l'accès aux comptes bancaires.
Les comptes bancaires à l'étranger doivent-ils être déclarés ?
Oui, absolument. Tous les comptes bancaires détenus par le défunt, où qu'ils soient situés, doivent être déclarés dans la succession française. L'omission expose à des pénalités fiscales et à des poursuites pénales pour fraude fiscale (article 1741 CGI).
Puis-je renoncer à la donation entre époux après le décès ?
Oui, le conjoint survivant peut renoncer à la donation entre époux dans les 4 mois suivant le décès. Cette renonciation lui permet de revenir aux droits légaux de l'article 757 C.civ., ce qui peut être avantageux si la donation entraîne une fiscalité défavorable.
Quelle est la différence entre donation entre époux et testament ?
La donation entre époux est un acte révocable qui permet d'augmenter les droits du conjoint survivant. Le testament est un acte unilatéral qui peut léguer des biens spécifiques à des personnes déterminées. Les deux peuvent être combinés pour une protection optimale.
Ce que vous devez faire maintenant
- Anticipez : Consultez un avocat spécialisé pour rédiger une donation entre époux adaptée à votre situation patrimoniale et familiale. Ne laissez pas le hasard décider de l'avenir de votre conjoint.
- Vérifiez vos comptes : Faites un inventaire de vos comptes bancaires joints et personnels. Assurez-vous que l'origine des fonds est documentée pour éviter les contestations.
- Respectez les délais : En cas de décès, déposez la déclaration de succession dans les 6 mois. Si vous avez un doute, demandez une consultation urgente à un avocat spécialisé.
Glossaire du droit successoral
- Quotité disponible
- Part de la succession que le défunt peut librement transmettre à la personne de son choix, sans porter atteinte à la réserve héréditaire. Elle varie selon le nombre d'enfants (Art. 913 C.civ.).
- Réserve héréditaire
- Part de la succession réservée par la loi aux héritiers réservataires (enfants, descendants). Elle ne peut être supprimée par donation ou testament (Art. 912 C.civ.).
- Usufruit
- Droit de jouir d'un bien (en percevoir les revenus) sans en être propriétaire. Le nu-propriétaire détient la propriété mais ne peut pas utiliser le bien (Art. 578 C.civ.).
- Legs
- Disposition testamentaire par laquelle le testateur lègue un bien ou une somme d'argent à une personne (légataire). Le legs peut être universel, à titre universel ou particulier.
- Dévolution successorale
- Ensemble des règles qui déterminent la transmission des biens du défunt à ses héritiers. Elle est régie par les articles 720 à 892 du Code civil.
- Saisine
- Droit pour l'héritier d'entrer en possession des biens successoraux dès le décès, sans formalité préalable. Le conjoint survivant n'a pas la saisine automatique (Art. 724 C.civ.).


